Nous sommes bien avant la conquête romaine. Le Languedoc actuel est
habité depuis le Néolithique par des peuples dont l’archéologie continue
de révéler les traces mais qui, faute d'avoir possédé l’écriture, ne sont connus
qu’à travers les rares récits de voyageurs venus d'Asie Mineure, de Grèce ou
d’Italie.
Les Elisyques, c’est ainsi que l’on nomme les autochtones de la région, ont eu, d’après ce que l’on sait, la main mise durant plusieurs siècles sur la région maritime
qui s’étend de la rive droite de l’Hérault au massif des Corbières. On pense qu’il
s’agîssait d’un peuple indigène, installé depuis une longue période le long du littoral
languedocien, remontant surement jusqu'à l'énigmatique Age du Bronze. On les voyait agriculteurs et pêcheurs mais certains historiens estiment aussi qu’ils furent initiés à la métallurgie par leurs voisins venus d’Ibérie. En fin connaisseurs des subtilités de la fonderie, ils se sont fait remarquer à partir du VIIè siècle par la diffusion d'objets en
bronze fabriqués en Gaule, auprès des navigateurs grecs et étrusques.
Leur
situation géographique leur a aussi permis de devenir un débouché sur la
Méditerranée pour l’étain provenant de Grande Bretagne, acheminé depuis l'océan et remontant la Garonne. Les Elisyques fournissaient également des produits miniers tels que
le fer, le cuivre et l’argent extraits de la Montagne Noire, des Cévennes ou
des Corbières qu’ils échangeaient contre du vin, de l’huile d’olive et de la
céramique.
A partir du VIème siècle, les intrusions fréquentes de populations celtes commencent à modifier les données géopolitiques. S’installe peu à peu un climat moins sûr qui oblige les Elisyques à investir les collines qui dominent la plaine
languedocienne, fortifiant leurs positions de manière à constituer des refuges en
cas d’agression. Ces oppida sont encore reconnaissables de nos jours. Parmi eux
citons Montlaurès (Elicia ou Naro) près de Narbonne, Ensérune, Pech Maho à Sigean, Le
Cayla à Mailhac, Le Moulin à Peyriac-de-Mer, La Moulinasse à Salles d’Aude,
Bassanel à Olonzac, etc… On a imaginé que les Elisyques constituaient une fédération de cités, unies autour d’une même culture et
une même langue dont le pouvoir était détenu par une aristocratie de type patricienne.
Montlaurès, un petit promontoire au milieu de la plaine de Narbonne, jadis partiellement recouverte par les eaux de l’étang salin, aurait abrité, selon certains historiens, la capitale des Elisyques. Son nom était Elicia. Durant l’Age du Fer, le Lac Rubresus qui s'étendait au nord de l’étang de Bages arrivait aux abords de Montlaurès, offrant à l’oppidum un accès direct vers la mer. C’est de plus, non loin de cet endroit, que le bras principal de l’Aude y avait alors son embouchure. Fondé au cours de la première moitié du VIème siècle, l’oppidum a été habité de façon constante jusqu’au début du IIIème siècle. Même s’il reste hasardeux d’en faire véritablement une capitale, il est certain que l’oppidum bénéficiait d’une position qui en faisait un centre privilégié pour les échanges commerciaux, et donc un site d’importance. Il semble, en revanche, qu'il ait été vidé de ses habitants pendant plus de cent ans, probablement suite à la vague d’invasion celte. La découverte d’un casque celtique de riche facture daté datable du IVème siècle confirme en effet, dès cette époque, une présence celte de nature belliqueuse.
Montlaurès, un petit promontoire au milieu de la plaine de Narbonne, jadis partiellement recouverte par les eaux de l’étang salin, aurait abrité, selon certains historiens, la capitale des Elisyques. Son nom était Elicia. Durant l’Age du Fer, le Lac Rubresus qui s'étendait au nord de l’étang de Bages arrivait aux abords de Montlaurès, offrant à l’oppidum un accès direct vers la mer. C’est de plus, non loin de cet endroit, que le bras principal de l’Aude y avait alors son embouchure. Fondé au cours de la première moitié du VIème siècle, l’oppidum a été habité de façon constante jusqu’au début du IIIème siècle. Même s’il reste hasardeux d’en faire véritablement une capitale, il est certain que l’oppidum bénéficiait d’une position qui en faisait un centre privilégié pour les échanges commerciaux, et donc un site d’importance. Il semble, en revanche, qu'il ait été vidé de ses habitants pendant plus de cent ans, probablement suite à la vague d’invasion celte. La découverte d’un casque celtique de riche facture daté datable du IVème siècle confirme en effet, dès cette époque, une présence celte de nature belliqueuse.
Les écrits restent toutefois très laconiques au sujet des
Elisyques. Ceux-ci sont mentionnés pour la première fois à la fin du VIème
siècle par Hécatée de Milet, un voyageur grec, observateur avisé, considéré comme une des pères
de la géographie descriptive. Son ouvrage a été perdu mais on en conserve quelques
fragments compilés par Etienne de Byzance, auteur d’un lexique géographique
dédié à l’empereur Justinien. Celui-ci les désigne comme appartenant au peuple
des Ligyens, en d'autres termes les Ligures, une nation protohistorique fort ancienne mais qui, faute de disposer de l'écriture, n'est uniquement connue que par les voyageurs grecs de l'époque. Un siècle
plus tard, Hérodote que l’on surnomme « le Père de l’Histoire » dément
cette affirmation, faisant d'eux un peuple indépendant des Ligures et des Ibères,
préfigurant ainsi la thèse selon
laquelle ils seraient une nation indigène. Ils jouissaient, en tout cas, à l’époque d’une
certaine renommée voire même de quelque importance, car Hérodote lui-même (Histoires VII,
165) précise que les Elisyques envoyèrent des mercenaires aux Carthaginois, au même
titre que les Ligures, les Sardes, les Corses et les Ibères à l’occasion de la Bataille
d’Himère en –480.
Carthage, la puissance montante en Méditerranée, tentait alors de s’implanter en Sicile afin d’y mettre la main sur la production de blé. Malgré des moyens considérables, l’armée punique commandée par Hamilcar de Gisclon et estimée à 300 000 hommes (un nombre vraisemblablement exagéré au nom de la bonne cause) subit de premières pertes en mer en raison du mauvais temps avant d’être sévèrement battue par les Syracusains. Cette défaite eut alors un énorme retentissement, mettant un terme aux ambitions carthaginoises en Sicile.
Il est probable que les alliés de Carthage au rang desquels les
Elisyques furent, par voie de conséquence victimes d’une contraction des échanges
commerciaux, notamment avec les Grecs et les Massaliotes.
C’est certainement en raison d'un affaiblissement de la nation Elisyque que les Massaliotes décidèrent de fonder la colonie d’Agathé Tyché (Agde). Ils prenaient ainsi physiquement position en un lieu stratégique, à l'embouchure même de l'Hérault, dans le but de redynamiser les échanges commerciaux. Cette implantation fut au départ mal perçue par les Elisyques qui, en réponse, maintinrent les colons phocéens confinés dans leur étroit périmètre. Les tensions finirent cependant par s'apaiser et la reprise progressive des échanges permit à la région d'accéder à une nouvelle
période de prospérité. Les Massaliotes favorisent le développement de la
culture de l’olivier et de la vigne se procurant en échange des céréales, de la
laine et surtout du sel, abondant dans les étangs.
Fait inévitable, l’influence grandissante des Massaliotes en
Languedoc va finir par provoquer de fortes tension parmi les peuples indigènes. Menacés d’être
absorbés par la culture grecque, à l’instar des tribus salyennes de Provence entrées
dans un conflit ouvert avec la cité phocéenne, les Elisyques vont s'accorder avec les Celtes pour les aider à s’opposer à la puissance colonisatrice des
Grecs. Ils ignoraient alors qu'en acceptant ce concours, ils allaient, selon l'expression, faire entrer le loup dans la bergerie.
Estimant
désormais leur installation légitimée, les Volques débarquent en Languedoc au milieu du IIIème siècle. Pour des raisons qui lui appartienne, ce peuple
celte composite, que la tradition prétend originaire des rives du Danube, s'est divisé en deux groupes, les
Volques Arécomiques qui vont s’installer dans la partie orientale du Languedoc avec Nîmes pour capitale et les Volques Tectosages qui prendront possession de la partie occidentale. Notons au passage que Narbonne (Narbo) va grâce aux Volques connaître un essor prodigieux et devenir un des ports les plus importants de la Gaule. La ville semble avoir, à cette époque, bénéficié d'un statut particulier, se trouvant située pratiquement à cheval entre les territoires Tectosage et Arécomque.
Face à la puissance et la renommée des nouveaux arrivants, les Elisyques ne tarderont pas à disparaître des radars. Les
Celtes ont une expérience de la guerre, ils sont mieux armés, conquérants, bravaches.
Les peuples indigènes du Languedoc ne pèseront d’aucun poids face à la poussée celtique, ils y perdront vite leur âme et leur nom. Ils seront purement et simplement
assimilés pour ne pas dire dissous.
Les oppida vont tomber les uns après les autres, Ensérune,
Montlaurès, Pech Maho, etc...
Dans ce genre de situation, ce sont
souvent les familles au pouvoir qui payent le prix le plus élevé. Le peuple survivra, par
souci de préserver la main d’œuvre avant de sombrer dans l'oubli.
En -218, alors qu'Hannibal a entrepris de marcher vers Rome à la tête de sa formidable armée et de ses fameux éléphants, il traverse les Albères avec à l'horizon lui la plaine languedocienne qui s'étire jusqu'à l'embouchure du Rhône. Passée la Têt, il va trouver sur sa route les Volques, espérant d'eux un laisser-passer. Les émissaires romains tenteront bien de leur côté de convaincre les Gaulois de faire barrage aux troupes d'Hannibal, sans succès. Rien de plus compréhensible, en effet. Les Volques avaient bien compris à quel point une alliance avec les Romains leur serait nécessairement fatale face aux redoutables carthaginois.
Quoiqu'il en soit, le temps des Elisyques aura vécu. Commencera désormais celui des
Gaulois.